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Prix Georges Charpak : "Une victoire de l’intelligence collective"

Le prix Georges Charpak 2014 est remis aujourd’hui, mardi 25 novembre 2014, à Christophe Ochando. Le lauréat est l’auteur de travaux de première importance au sein du groupe CMS du laboratoire Leprince-Ringuet de l’X pour la découverte du boson de Higgs auprès du collisionneur LHC au CERN.

Entretien avec Christophe Ochando, prix Georges Charpak 2014

En quoi la découverte du boson a bouleversé l’histoire de l’univers et de la matière ?
La découverte du boson de Higgs, une nouvelle particule, démontre l'existence d'un nouveau champ : le champ de Higgs. L'existence du champ de Higgs permet en fait de comprendre l'origine des masses, et donc la possibilité pour la matière de s'organiser.
Le champ de Higgs, apparu un millième de milliardième de seconde après la "naissance" de l'Univers, a permis de donner une masse à toutes les particules élémentaires. A partir de là, la matière a ensuite pu commencer à s’organiser. Puis, en parallèle avec l’évolution de l’univers, nous avons assisté à la formation des atomes, des étoiles et in fine de la vie.
Ce boson a permis de valider une théorie postulée dès les années 1960 par Robert Brout, François Englert et Peter Higgs.

Les expériences dans le collisionneur LHC au CERN, ayant permis la découverte du Boson de Higgs, vont reprendre d’ici 2015. Qu’est-ce que les scientifiques espèrent trouver ?
Cette découverte du boson de Higgs ouvre la voie à la découverte d’autres particules. Nous pourrions découvrir par exemple celle de la matière noire de notre univers, cette mystérieuse composante probablement constituée de particules élémentaires.
Prenons par exemple la théorie de la supersymétrie : cette théorie prévoit l’existence de nombreuses particules encore inconnues jusqu’ici, dont possiblement celle de la matière noire. Cette théorie n’est aujourd’hui qu’une prédiction. Avec les expériences menées sur le LHC, l’accélérateur de particules le plus grand et le plus puissant du monde, il existe une possibilité de découvrir quelques choses d’ici deux, cinq ou même dix ans. Tout est possible.
Si les expériences sur l’accélérateur arrivaient à prouver que cette théorie de la supersymétrie existe, le bouleversement serait bien supérieur à la découverte du boson de Higgs. Car si cette théorie existait, la matière noire existerait aussi. Or la matière noire représente 30% de l’univers, quand la matière ordinaire - c’est-à-dire celle connue jusqu’à aujourd’hui - ne représente que 4 % de celui-ci. Cela nous permettrait de comprendre notre univers et notamment ce qu’il s'est passé lors des tous premiers instants de l’univers après le Big-Bang.

Quelles applications concrètes les recherches sur le boson pourraient-t-elles permettre?
Il est trop tôt à l’heure actuelle pour dire si le boson aura des applications concrètes. Mais au regard de l’histoire, la théorie de la relativité générale d’Einstein a permis par exemple la réalisation des systèmes GPS utilisés aujourd’hui. De même, le principe fondamental du laser a été découvert en 1917. Mais c’est seulement quarante ans plus tard que le laser voit le jour. Aujourd’hui, le laser est omniprésent dans notre quotidien : outil des physiciens, des chimistes ou des médecins, il est aussi utilisé pour lire des codes-barres ou des DVD. Plus largement, la recherche fondamentale amène nécessairement à des applications de la vie courante.

A quoi sert justement la recherche fondamentale ?
Le but de la recherche fondamentale est de comprendre l’univers et son fonctionnement. Elle contribue de façon importante au progrès humain. La recherche fondamentale est à la racine de tout : sans elle, il n’y a pas de progrès ni d’innovation.  Car, ce n’est pas en essayant d’améliorer la bougie que l’on a inventé l’électricité.
Il faut aussi avoir conscience que la recherche fondamentale demande du temps. Or, notre société actuelle est soumise à une dictature de l’urgence. Seulement, les grandes découvertes se font sur le long terme. Les premières réunions sur le collisionneur LHC ont débuté en 1984. Le fonctionnement du LHC a démarré en 2009 et devrait se poursuivre jusqu’en 2035 : C’est le projet d’une vie.

Que représente pour vous la remise du prix Charpak ?
Cette récompense s’adresse à l’ensemble des services du laboratoire Leprince-Ringuet (École polytechnique/CNRS) et du groupe CMS dans la découverte du boson de Higgs, depuis la conception du détecteur jusqu’à l’analyse des données. C’est une victoire de l’intelligence collective et de tout le travail accompli au laboratoire Leprince-Ringuet (LLR) avec le soutien de l’École polytechnique depuis plus de vingt ans.

En savoir plus :
>Le prix Georges Charpak
Fondée en 2010 par le Ministère de la Recherche en mémoire de Georges Charpak, membre de l’Académie des sciences et prix Nobel de physique, cette récompense était décernée cette année à un physicien exerçant dans le domaine la physique expérimentale des hautes énergies.
Lire le communiqué de presse de l'Académie des sciences
>Le lauréat 2014
Christophe Ochando est chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique au laboratoire Leprince-Ringuet de l'école polytechnique et de l'institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS. Après une thèse soutenue au LAL (Laboratoire de l’Accélérateur Linéaire d’Orsay) en 2008 sur la recherche du boson de Higgs dans l’expérience D0 (Tevatron, USA) et un post-doctorat à l’IFAE (Barcelone) dans l’expérience Atlas, Christophe Ochando intègre le CNRS et le groupe CMS du laboratoire Leprince-Ringuet (LLR) en 2009. En 2012 et 2013, il a été coordinateur du groupe d’analyse de recherche du boson de Higgs dans sa désintégration 4 leptons, canal ayant contribué à la découverte annoncée en juillet 2012.