GreenTech's reality check: Less hype, more hardware | École polytechnique's X-UP Incubator
La greenTech ne s'essouffle pas, elle mue !
Un reflux des capitaux, pas de l'ambition
Les données sont là, sans ambiguïté. En 2023, les cleantech françaises avaient levé un record de 4,38 milliards d'euros sur 181 opérations, un sommet historique. En 2024, ce chiffre est retombé à 2,4 milliards sur 150 opérations, ramenant l'écosystème au niveau de 2021. La dynamique baissière s'est d'ailleurs poursuivie début 2025, selon le bilan annuel de France Invest, GreenUnivers et EY. Le diagnostic est posé sans détours par les professionnels du secteur : Le caractère industriel, donc capitalistique, des cleantech et les horizons de sortie plus longs que dans le digital rendent plus difficiles les levées de fonds dans la période actuelle de contraction.
Traduction : les investisseurs rechignent à attendre dix ans pour toucher un retour sur un brevet de matériaux avancés ou un prototype de navire décarboné. La promesse est là, mais le timing ne colle pas avec leurs cycles de fonds.
Ce recul est réel. Il serait pourtant naïf d'en faire un signal de désintérêt pour la transition écologique. Car derrière les chiffres agrégés se cache un glissement de fond, bien plus intéressant.
Le vrai virage : les investisseurs redécouvrent le hardware
Le vrai mouvement de 2025 n'est pas la baisse des levées greentech. C'est la renaissance du hard tech. Après une décennie dominée par les applications numériques, les marketplaces et les SaaS, les capitaux retournent vers ce qui se touche, ce qui se fabrique, ce qui se construit.
Les technologies industrielles et manufacturières ont progressé de +90 % en levées de fonds en France en 2025, selon l'étude KPMG Tech Insights. Les technologies de transition énergétique et environnementale, elles, ont progressé de +23 %, à 1,14 milliard d'euros. Dans le même temps, la fintech perdait 21 % et la mobilité, 64 %.
Ce n'est pas une coïncidence. C'est l'expression d'une réallocation stratégique des capitaux vers des technologies à barrières d'entrée élevées, à valeur défensive, difficiles à répliquer par un concurrent en quelques mois de sprint agile. En clair : le marché paie désormais une prime à la complexité technique.
À l'échelle nationale, le Plan Deeptech piloté par Bpifrance recense aujourd'hui 2 589 startups deeptech actives en France, dont 600 dans la seule verticale greentech. En 2025, 410 nouvelles startups deeptech ont été créées — contre 207 lors du lancement du plan en 2019. Paris s'est imposé comme troisième hub mondial de la deeptech, derrière les seuls États-Unis.
BlueNose Technologies : l'aérodynamique
Dans ce paysage en recomposition, certaines startups incarnent mieux que d'autres ce retour au concret. BlueNose en est un exemple saisissant.
L'histoire commence en 2020, lorsque la loi IMO 2020 contraint les armateurs à réduire drastiquement leurs émissions de dioxyde de soufre. Pour les exploitants de porte- conteneurs, dont les marges sont structurellement faibles, la contrainte réglementaire se double aussitôt d'un problème économique : le nouveau carburant VLSFO, moins polluant, est aussi bien plus coûteux. L'équation est simple et brutale, il faut consommer moins.
C'est ce défi que Joë Sangar et Léon Grillet, co-fondateurs de BlueNose, ont choisi d'attaquer. Leur solution n'est pas un algorithme de compensation carbone ni une application de reporting ESG. Ce sont des structures physiques, assemblables, conçues pour être installées sur les navires cargo déjà construits tels que des porte-conteneurs, des vraquiers ou des tankers. Grâce à un algorithme de simulation itérative, BlueNose génère des géométries sur mesure qui réduisent la traînée aérodynamique du navire et, avec elle, sa consommation de carburant, jusqu'à 5 % sur les grandes routes maritimes. La flotte mondiale de porte-conteneurs compte environ 5 200 navires, soit 1 % des émissions mondiales de CO₂. L'impact potentiel, à l'échelle, est considérable.
Incubée chez X-UP, d'abord en programme Create, pour structurer et valider le concept, puis en Scale, pour engager la phase de commercialisation, BlueNose a depuis franchi des étapes décisives. En novembre 2025, la startup a décroché 350 000 £ dans le cadre du Clean Maritime Demonstration Competition (CMDC6) du gouvernement britannique, en collaboration avec Lomar Labs, pour développer ses modules aérodynamiques gonflables et pliables. Un signal fort : la reconnaissance par un État tiers d'une technologie mûre, testable, scalable.
BlueNose n'est pas une promesse de laboratoire. C'est du hardware, de la physique des fluides, et un marché adressable chiffré. Exactement le type de projet que l'écosystème deeptech appelle de ses vœux.
Ce que cela signifie pour les porteurs de projets greenTech
Le message des marchés et des institutions converge vers la même direction : la greentech récompense désormais la profondeur technologique. Les projets d'impact purement logiciels ou de reporting carbone n'attirent plus les mêmes convictions qu'il y a trois ans. En revanche, les innovations de rupture — celles qui impliquent un brevet, un prototype physique, une barrière technique réelle, bénéficient d'un contexte de financement structurellement favorable, y compris pour les premiers tours.
Selon Pollutec, sur les 150 opérations cleantech recensées par France Invest en 2024, 129 étaient des premiers tours ou du capital innovation : autrement dit, l'argent continue d'aller aux projets naissants portés par des entrepreneurs qui font le pari du temps long.
Et c'est précisément à ces entrepreneurs-là que s'adresse X-UP, l'incubateur de l'École polytechnique. Installé au cœur du campus de Palaiseau, au sein du Drahi-X Novation Center, X-UP accompagne depuis 2015 des projets deeptech dans la greentech, la santé, les industries du futur et l'éducation. Le programme Create d'une durée de dix mois, de la preuve de concept à la première traction commerciale, donne accès à l'espace de prototypage X-FAB, à un réseau d'experts et de mentors, et à l'écosystème de l'Institut Polytechnique de Paris. Le programme Scale, lui, prend le relais pour les startups déjà créées qui engagent leur phase d'accélération.
Le diagnostic est posé, les capitaux se repositionnent, les technologies dures reviennent au premier plan. La greentech ne cherche plus à séduire, elle cherche à tenir la distance. Il y a rarement eu de meilleur moment pour construire quelque chose qui résiste.
L'incubateur X-UP de l'École polytechnique lance son appel à candidatures pour la promotion #22.
Les dossiers sont ouverts jusqu'au 21 juin 2026 sur la plateforme Agorize.
Source
• France Invest / GreenUnivers / EY | Baromètre Cleantech 2024, mars 2025
• Bpifrance | Bilan 6 ans du Plan Deeptech, mars 2025
• KPMG | Tech Insights 2025, janvier 2026
• L'Usine Digitale | Deeptech française 2025 : 4,1 milliards levés, mars 2026
• Pollutec Learn & Connect | Entrepreneuriat dans la greentech, novembre 2025
• École polytechnique | Actualités BlueNose / X-UP, 2023–2025
• CFNEWS | Les investissements dans les cleantech poursuivent leur recul, février
2026
• UK Department for Transport / Innovate UK | CMDC6, novembre 2025
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